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Assurance au tiers ou tous risques : comment trancher ?

  • La rédaction AssurScope
  • Mis à jour le
  • 8 min de lecture

C'est la question la plus posée en assurance automobile, et celle sur laquelle circulent le plus d'approximations. On entend qu'il faudrait passer au tiers « après cinq ans », ou que le tous risques « couvre tout ». Les deux affirmations sont fausses. La décision se joue sur trois éléments concrets, et l'âge du véhicule n'en fait pas partie.

En bref

La formule tous risques se justifie tant que vous ne pourriez pas remplacer votre véhicule de votre poche, ou tant qu'un organisme financier est encore en jeu. Dès que la valeur de revente devient inférieure à ce que vous pouvez absorber sans difficulté, la formule au tiers, éventuellement étendue au vol et au bris de glace, redevient cohérente. Le critère décisif est votre capacité financière, pas l'ancienneté du véhicule.

Ce que couvre réellement chaque formule

Les noms commerciaux varient d'un assureur à l'autre — « tiers confort », « tiers plus », « intermédiaire », « sécurité » — mais l'architecture reste la même dans tout le marché français. Trois niveaux se superposent, chacun ajoutant des garanties au précédent.

La formule au tiers correspond au minimum imposé par l'article L. 211-1 du Code des assurances : la responsabilité civile. Elle indemnise les dommages que vous causez aux autres — leur véhicule, leurs biens, leurs blessures — et rien d'autre. Votre propre véhicule reste à votre charge, quelle que soit la circonstance.

Le tiers étendu, parfois appelé tiers intermédiaire, ajoute les événements que vous ne provoquez pas : le vol, l'incendie, le bris de glace, généralement les catastrophes naturelles et les événements climatiques. La logique est celle du sinistre subi, indépendant de votre conduite.

La formule tous risques ajoute une garantie et une seule, mais elle change tout : les dommages tous accidents. Votre véhicule est indemnisé même lorsque vous êtes responsable, et même en l'absence de tiers identifié — le cas typique du véhicule heurté en stationnement par un conducteur qui prend la fuite.

Ce que chaque formule couvre
GarantieTiersTiers étenduTous risques
Responsabilité civileOuiOuiOui
Défense pénale et recoursSouventOuiOui
Vol et tentative de volNonOuiOui
Incendie et explosionNonOuiOui
Bris de glaceEn optionOuiOui
Catastrophes naturellesNonGénéralementOui
Dommages dont vous êtes responsableNonNonOui
Dommages sans tiers identifiéNonNonOui

« Tous risques » ne veut pas dire « tous les risques »

Le nom est un abus de langage commercial. Une formule tous risques comporte toujours des exclusions : conduite sans permis valide, conduite sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants, usage en compétition, dommages intentionnels, défaut d'entretien caractérisé. Elle comporte aussi des franchises et des plafonds. Elle se distingue uniquement par la garantie dommages tous accidents.

La vraie question : que pouvez-vous perdre sans trembler ?

Une assurance n'a pas pour fonction de vous faire gagner de l'argent. Elle sert à transférer un risque que vous ne pouvez pas supporter seul. La bonne question n'est donc pas « quelle formule est la plus complète », mais « quelle perte serait insupportable pour mon budget ».

Posez-vous la question dans sa forme la plus brutale : si votre véhicule était détruit demain matin par votre faute, sans aucune indemnisation, que se passerait-il ? Si la réponse est « je puise dans mon épargne et je rachète l'équivalent », la garantie dommages n'apporte pas grand-chose. Si la réponse est « je ne peux plus aller travailler », elle devient essentielle.

Ce raisonnement explique pourquoi l'âge du véhicule est un mauvais critère. Un utilitaire de douze ans en excellent état, indispensable à une activité professionnelle, mérite davantage de protection qu'une citadine de six ans très abîmée dont le propriétaire dispose d'une épargne confortable.

Un repère utile

Comparez la cotisation annuelle supplémentaire du tous risques à la valeur de revente du véhicule. Si cette cotisation supplémentaire, cumulée sur trois ou quatre ans, approche la valeur du véhicule, l'arbitrage penche mécaniquement vers une formule réduite — sauf si vous ne pourriez pas absorber la perte.

Le cas particulier du véhicule financé

Si votre véhicule est encore financé, l'arbitrage change de nature. En location avec option d'achat ou en location longue durée, vous n'êtes pas propriétaire : vous restez redevable des loyers même si le véhicule est détruit ou volé. Ces contrats imposent donc presque systématiquement une couverture tous risques, et la souscrire n'est pas un choix mais une obligation contractuelle.

En crédit classique, l'obligation est moins fréquente mais le raisonnement financier reste le même : sans garantie dommages, un véhicule détruit laisse un capital restant dû à rembourser sur un bien qui n'existe plus.

Dans les deux cas, examinez également la garantie perte financière, qui couvre précisément l'écart entre l'indemnisation versée par l'assureur — fondée sur la valeur du véhicule au jour du sinistre — et le montant restant dû au financeur. Cet écart peut être important sur les premières années, la décote étant alors plus rapide que l'amortissement du crédit.

Ce qui compte souvent plus que la formule elle-même

Deux contrats portant la même étiquette « tous risques » peuvent verser des sommes très différentes pour un même sinistre. Trois paramètres expliquent l'essentiel de cet écart, et ils figurent tous dans les conditions particulières plutôt que dans la brochure.

  • La base d'indemnisation : valeur à dire d'expert, valeur d'achat ou valeur à neuf, et pendant combien de mois. C'est le paramètre le plus déterminant et le moins lu.
  • Les franchises : leur montant, et le fait qu'elles diffèrent souvent d'une garantie à l'autre au sein du même contrat.
  • La garantie du conducteur : elle n'est jamais comprise dans la responsabilité civile et n'est pas systématiquement incluse dans les formules complètes. Sans elle, vos propres blessures ne sont pas indemnisées lorsque vous êtes responsable.

Le point aveugle le plus fréquent

La responsabilité civile indemnise les autres, jamais vous. Un conducteur seul responsable d'un accident grave, sans garantie du conducteur, ne perçoit rien pour ses propres préjudices corporels. Vérifiez le capital prévu et le seuil d'invalidité à partir duquel la garantie s'applique : un seuil élevé peut la rendre inopérante dans la majorité des cas.

Quand reconsidérer sa formule

La décision n'est pas définitive. Elle mérite d'être réexaminée à chaque échéance annuelle, et surtout lors de trois événements : la fin d'un crédit ou d'une location, une baisse marquée de la valeur de revente, et un changement de situation financière.

Depuis la loi du 17 mars 2014, dite loi Hamon, un contrat automobile peut être résilié à tout moment après la première année, sans frais ni justification. Le nouvel assureur se charge généralement des formalités. Rester dans une formule devenue inadaptée par simple inertie n'a donc aucune justification pratique.

En résumé

Le choix entre tiers et tous risques n'est pas une question de niveau de protection abstrait, mais d'arbitrage financier personnel. Déterminez la perte maximale que vous pourriez absorber, comparez-la à la valeur de votre véhicule, tenez compte d'un éventuel financement en cours — et réexaminez cette décision chaque année. Une fois la formule choisie, l'essentiel du travail consiste à vérifier la base d'indemnisation, les franchises et la garantie du conducteur, qui déterminent ce que vous percevrez réellement.

Questions fréquentes

À partir de quel âge faut-il passer au tiers ?

Il n'existe pas d'âge pertinent. Ce qui compte, c'est la valeur de revente du véhicule rapportée à votre capacité à le remplacer sans indemnisation. Un véhicule ancien mais recherché peut conserver une valeur importante, tandis qu'un véhicule plus récent très dégradé peut en avoir peu. Réexaminez la question chaque année plutôt que de suivre une règle d'ancienneté.

Le tous risques couvre-t-il le vol ?

Oui, la garantie vol est comprise dans les formules tous risques comme dans les formules tiers étendu. Elle reste toutefois assortie de conditions : dispositif antivol parfois exigé, exclusion fréquente du vol des clés laissées sur ou dans le véhicule, et traitement particulier du vol par ruse. La franchise applicable au vol diffère souvent de celle des dommages.

Peut-on souscrire le bris de glace seul, en formule au tiers ?

Oui, la plupart des assureurs proposent le bris de glace en option sur une formule au tiers. C'est souvent le complément le plus utile, car le remplacement d'un pare-brise est fréquent et représente un coût réel sans être catastrophique. Vérifiez le périmètre exact : pare-brise seul, ou également vitres latérales, lunette arrière, toit ouvrant et optiques de phares.

Que se passe-t-il si je suis responsable et assuré au tiers ?

Les dommages causés aux autres sont pris en charge par votre assureur. Les dommages subis par votre propre véhicule restent intégralement à votre charge, sans aucune indemnisation. Vos propres blessures ne sont indemnisées que si vous disposez d'une garantie du conducteur, qui est distincte de la responsabilité civile.

Changer de formule en cours d'année est-il possible ?

Oui, par avenant au contrat, avec l'accord de l'assureur. Il est également possible de résilier le contrat à tout moment après un an d'ancienneté, en application de la loi Hamon, et de souscrire ailleurs une formule différente. Aucune justification n'est nécessaire et aucun frais ne peut être facturé.

Les définitions utiles

Tiers
Personne autre que l'assuré, et par extension formule d'assurance limitée à la responsabilité civile.
Tous risques
Formule automobile incluant la garantie dommages tous accidents, y compris en cas de responsabilité.
Franchise
Part du sinistre restant à la charge de l'assuré, déduite de l'indemnisation.
Vétusté
Dépréciation d'un bien liée à son âge et à son usage, déduite de l'indemnisation.
Valeur à neuf
Mode d'indemnisation fondé sur le prix d'un bien neuf équivalent, sans application de vétusté.

Mettre en pratique

Cet article est une information générale et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil personnalisé au sens réglementaire, ni une recommandation de contrat. Seules les conditions générales et particulières remises par un assureur déterminent les garanties applicables. En savoir plus

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